Un genou gonflé et douloureux est une plainte fréquente qui peut aller d’un simple traumatisme bénin à une situation mettant en jeu le pronostic fonctionnel ou vital. Les causes sont multiples : entorse, lésion ligamentaire ou méniscale, fracture, épanchement articulaire, bursite, arthrite inflammatoire (rhumatoïde), goutte, pseudogoutte (chondrocalcinose), infection articulaire (arthrite septique) ou complications liées à un traitement anticoagulant. Ce guide pratique explique comment évaluer la gravité, quels gestes réaliser immédiatement et quand consulter en urgence ou de façon programmée.
Signes d’alerte qui nécessitent une prise en charge urgente
Certains signes imposent une consultation immédiate aux urgences ou chez un spécialiste :
- Fièvre élevée associée à un genou très rouge, chaud, douloureux et qui gonfle rapidement : suspicion d’arthrite septique. Un diagnostic tardif peut entraîner des destructions articulaires irréversibles.
- Douleur intense, incapacité à poser le pied au sol ou à supporter le poids : possible fracture, rupture du ligament croisé antérieur (LCA) ou lésion ligamentaire majeure. Il faut un bilan radiologique et parfois une immobilisation.
- Gonflement soudain, important, parfois avec blocage ou impossibilité de fléchir complètement le genou : épanchement important, corps étranger intra-articulaire ou lésion méniscale qui peut nécessiter une ponction ou une intervention.
- Anticoagulants ou trouble de la coagulation et apparition d’un hématome important après traumatisme : risque d’hémorragie locale majeure et compression.
- Signes neurovasculaires : engourdissements, fourmillements, perte de force marquée, changement de couleur du membre, absence de pouls distal — urgence vasculaire ou neurologique.
- Douleur disproportionnée par rapport au traumatisme ou progression rapide des symptômes malgré repos et traitements simples.
Que faire immédiatement ? Premiers gestes simples
En l’absence des signes d’alerte ci-dessus, plusieurs mesures simples limitent la douleur et l’œdème dans les premières 24 à 72 heures :
- Repos : réduire la mise en charge et éviter les activités aggravantes. Utiliser des cannes si nécessaire pour décharger l’articulation.
- Glace : appliquer de la glace ou un pack froid 15 à 20 minutes toutes les 2 à 3 heures pendant les premières 48 heures. Toujours protéger la peau par un linge.
- Compression : bandage élastique modéré ou genouillère pour limiter l’œdème, sans serrer excessivement pour éviter les troubles circulatoires.
- Élévation : surélever la jambe au repos pour favoriser le retour veineux et diminuer le gonflement.
- Antalgiques : paracétamol ou anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) si pas de contre-indication. Éviter AINS si on suspecte une infection et en cas d’ulcère, d’insuffisance rénale ou de prise d’anticoagulants sans avis médical.
Informations à communiquer au médecin
Pour aider au diagnostic, notez et dites au praticien :
- Mode d’apparition : suite à un choc, torsion, chute, ou survenance progressive sans traumatisme.
- Évolution : depuis combien de temps, aggravation, épisodes précédents.
- Signe associés : fièvre, rougeur, chaleur, blocage, craquement, instabilité, difficulté à marcher.
- Traitements en cours : anticoagulants, immunosuppresseurs, corticoïdes, antalgique pris.
- Antécédents articulaires : arthrose, arthrite, chirurgie précédente, injections intra-articulaires.
Examens complémentaires utiles
Selon le contexte, le médecin prescrira des examens pour confirmer l’étiologie :
- Radiographie standard : recherche de fracture, calcifications (pseudogoutte) ou signes d’arthrose.
- Échographie : détection d’un épanchement, d’un kyste poplité (kyste de Baker) ou d’une collection extra-articulaire.
- IRM : examen de référence pour évaluer ménisques, ligaments croisés, cartilage et structures péri-articulaires en cas de traumatisme ou symptômes persistants.
- Ponction articulaire : essentielle si infection ou inflammation aiguë suspectée. Le liquide synovial est analysé (culture, numération, recherche de cristaux).
- Analyses sanguines : CRP, vitesse de sédimentation, hémogramme, bilan métabolique, dosage d’acide urique selon le contexte clinique.
Traitements selon les diagnostics probables
Le traitement varie fortement selon la cause :
- Arthrite septique : hospitalisation, antibiothérapie intraveineuse adaptée après prélèvements et souvent drainage articulaire rapide.
- Lésion méniscale ou ligamentaire : prise en charge orthopédique, rééducation, attelle ou chirurgie arthroscopique si retentissement fonctionnel important.
- Fracture : immobilisation, réduction éventuelle et prise en charge chirurgicale selon le type de fracture.
- Goutte/pseudogoutte : anti-inflammatoires et traitement spécifique à base d’Uricostatique ou autres, et adaptation des facteurs de risque métaboliques.
- Bursite/tendinite : repos, glace, physiothérapie, infiltration locale si indiquée.
- Épanchement non infectieux : ponction si douleur importante ou gêne mécanique, puis prise en charge étiologique.
Rééducation et suivi
La rééducation est souvent la clé d’une récupération optimale : renforcement musculaire du quadriceps et des ischio-jambiers, travail de propriocéption, étirements et réathlétisation progressive. Un programme personnalisé avec un kinésithérapeute réduit le risque de récidive et améliore la fonctionnalité. Le suivi médical permet d’adapter le traitement, d’évaluer la nécessité d’imagerie complémentaire ou d’intervention chirurgicale, et de prévenir les complications (arthrose secondaire, instabilité chronique).
Prévention
Quelques mesures préventives :
- Renforcer les muscles de la jambe et travailler l’équilibre.
- Porter des chaussures adaptées et, si besoin, utiliser des semelles correctrices.
- Progression maîtrisée des activités sportives et protections lors d’efforts à risque.
- Contrôle du poids et des facteurs métaboliques (hyperuricémie, diabète).
En résumé, tout genou gonflé et douloureux mérite une évaluation. Appliquez des mesures simples si l’état le permet, mais consultez sans délai en présence de fièvre, douleur majeure, incapacité fonctionnelle, signes neurovasculaires ou prise d’anticoagulants. La rapidité du diagnostic et du traitement conditionne souvent le pronostic fonctionnel de l’articulation.






